Le versement programmé est probablement la pratique la plus décrite et la plus mal décrite de l'investissement en bourse. La formule qui revient partout, « on achète plus quand c'est bas et moins quand c'est haut », est correcte. Celle qui en est déduite, « on achète les points bas et on évite les points hauts », ne l'est pas. Cette fiche déroule le calcul, avec un exemple complet, et montre aussi les deux cas où l'étalement coûte des parts.
Définition
Versement programmé (en anglais dollar cost averaging, souvent abrégé DCA, parfois traduit par « investissement progressif ») : investir un montant fixe à intervalle régulier, sans tenir compte du prix du jour. Le montant est décidé une fois ; la quantité achetée, elle, varie à chaque versement.
Le mécanisme tient dans une seule phrase
Tout vient du fait que le montant est fixe et que le prix, lui, ne l'est pas. Avec 100 € par mois, si la part vaut 80 € vous en obtenez 1,25 ; si elle vaut 125 € vous n'en obtenez que 0,80. Vous achetez donc mécaniquement plus de parts aux prix bas, non pas parce que vous les avez identifiés, mais parce que votre budget est constant.
Voici le calcul complet sur ces six mois, ligne par ligne.
| Mois | Cours de la part | Versement | Parts acquises | Parts cumulées |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 100 € | 100 € | 1,0000 | 1,0000 |
| 2 | 80 € | 100 € | 1,2500 | 2,2500 |
| 3 | 125 € | 100 € | 0,8000 | 3,0500 |
| 4 | 100 € | 100 € | 1,0000 | 4,0500 |
| 5 | 90 € | 100 € | 1,1111 | 5,1611 |
| 6 | 110 € | 100 € | 0,9091 | 6,0702 |
| Total | moyenne 100,83 € | 600 € | 6,0702 parts | |
Le résultat est le suivant : 600 € ont acheté 6,0702 parts, donc le prix effectivement payé est de 98,84 € la part. Or la moyenne des six cours affichés est de 100,83 €. Vous avez payé 1,99 € de moins que la moyenne des prix, soit 1,97 % en dessous, sans avoir choisi une seule de vos dates.
Pourquoi le prix payé est toujours sous la moyenne des cours
Ce n'est pas une coïncidence de cet exemple, c'est une propriété arithmétique. Le prix payé par un versement à montant fixe est la moyenne harmonique des cours, et non leur moyenne arithmétique. Et la moyenne harmonique d'une série de nombres positifs est toujours inférieure ou égale à leur moyenne arithmétique, avec égalité seulement si tous les nombres sont identiques.
Définition
Moyenne harmonique : l'inverse de la moyenne des inverses. Sur les cours 100, 80, 125, 100, 90 et 110, elle vaut 98,84 quand la moyenne ordinaire vaut 100,83. Elle apparaît naturellement dès qu'on divise une quantité fixe par des valeurs variables, ici un montant par un prix.
Autrement dit : plus les cours sont dispersés, plus l'écart entre les deux moyennes se creuse, et cet écart est toujours dans le même sens. C'est un résultat solide, et c'est aussi le seul avantage arithmétique que le versement programmé procure. Il ne dit rien du rendement final, qui dépend du prix du jour où vous vendrez.
Tout vient du montant fixe, pas du calendrier
Ce point est rarement énoncé et c'est le plus éclairant. Reprenons exactement le même calendrier, les mêmes six mois, les mêmes cours, mais en achetant une part fixe chaque mois au lieu d'un montant fixe.
| Montant fixe : 100 € par mois | Quantité fixe : 1 part par mois | |
|---|---|---|
| Total investi | 600 € | 605 € |
| Parts obtenues | 6,0702 | 6 |
| Prix payé par part | 98,84 € | 100,83 € |
| Ce que ce prix vaut | La moyenne harmonique des cours | Exactement la moyenne arithmétique des cours |
La régularité seule n'apporte donc rien : acheter une part tous les mois pendant six mois vous fait payer très précisément la moyenne des cours, ni plus ni moins. L'écart de 1,99 € vient entièrement du fait d'avoir fixé le montant. C'est utile à savoir au moment de paramétrer un versement automatique chez un courtier, où les deux options existent parfois.
Ce que l'étalement ne fait pas
Trois affirmations circulent, qui ne résistent pas au calcul.
« On achète les points bas. » Non : on achète toutes les dates du calendrier, sans exception, y compris les plus hautes. Dans l'exemple, le mois 3 à 125 € a bien été acheté. Ce qui varie, c'est le poids de chaque date dans le total, pas la sélection des dates.
« C'est plus rentable qu'investir en une fois. » Cela dépend entièrement de la trajectoire des cours, et les deux cas extrêmes sont faciles à calculer.
| Trajectoire des six mois | Parts en étalant 600 € | Parts en investissant 600 € au mois 1 | Écart |
|---|---|---|---|
| Cours régulièrement en hausse (100 à 125 €) | 5,3644 | 6,0000 | l'étalement obtient 10,59 % de parts en moins |
| Cours régulièrement en baisse (100 à 75 €) | 6,9235 | 6,0000 | l'étalement obtient 15,39 % de parts en plus |
| Cours irréguliers (l'exemple plus haut) | 6,0702 | 6,0000 | l'étalement obtient 1,17 % de parts en plus |
Sur un marché qui ne fait que monter, étaler coûte donc plus de 10 % des parts, parce que l'argent qui attend n'est pas investi. Comme personne ne connaît la trajectoire à l'avance, la question « lequel des deux rapporte le plus » n'a pas de réponse générale, et toute affirmation en ce sens serait une affirmation de performance.
« Ça protège des pertes. » Non. Si le marché baisse de 30 % et y reste, un portefeuille constitué par versements est en perte, exactement comme un autre. L'étalement modifie le prix d'entrée moyen, il ne modifie pas la direction du marché.
Ce que l'étalement retire réellement : la dépendance à la date
Il reste un effet, et il est mesurable. Un versement unique donne un prix d'entrée qui dépend entièrement du jour choisi. Sur les six mois de l'exemple, ce prix va de 80 € à 125 €, soit 56 % d'écart entre le meilleur et le pire moment. Le versement étalé donne 98,84 €, quel que soit l'ordre dans lequel les cours se sont présentés.
C'est le seul énoncé rigoureux : l'étalement réduit la dispersion du prix d'entrée et supprime la décision de calendrier. Il ne relève pas la moyenne des résultats possibles, il en resserre l'éventail. Savoir si ce resserrement vaut le renoncement au cas favorable est un arbitrage personnel, qui dépend de votre horizon et de votre tolérance aux écarts. Aucun calcul ne le tranche à votre place.
Le contrepoids : les frais fixes par ordre
Multiplier les versements multiplie les ordres, et beaucoup de courtiers facturent un montant plancher par transaction. Sur de petites sommes, ce plancher devient le premier poste de coût, très au-dessus des frais annuels du fonds acheté.
| Montant du versement | Frais de 2 € par ordre | Part du versement |
|---|---|---|
| 50 € | 2 € | 4,00 % |
| 100 € | 2 € | 2,00 % |
| 200 € | 2 € | 1,00 % |
| 500 € | 2 € | 0,40 % |
| 1 000 € | 2 € | 0,20 % |
À 4 % prélevés à l'entrée, le gain arithmétique de 1,97 % obtenu plus haut est largement effacé. C'est une simple comparaison de grandeurs : l'avantage de la moyenne harmonique se mesure en fractions de pour cent, un frais fixe sur un petit versement se mesure en pour cent. La fiche sur les intérêts composés montre ce que ces prélèvements d'entrée deviennent sur plusieurs décennies.
Une conséquence pratique : la comptabilité des lignes
Chaque versement crée une acquisition à un prix différent. Après trois ans de versements mensuels, une seule ligne de portefeuille correspond à trente-six achats. Cela n'a aucune importance tant que vous ne vendez pas, et cela devient central le jour où vous vendez, puisque le calcul de la plus-value a besoin d'un prix de revient.
En France, la méthode applicable est le prix moyen pondéré, recalculé à chaque acquisition, comme le détaille la fiche sur le calcul de la plus-value. Une vente partielle ne permet donc pas de désigner les parts vendues : elle porte sur un prix de revient unique, celui de l'ensemble.
Ce que PulseMyPortfolio en fait
L'application enregistre chaque versement comme une acquisition distincte, avec sa date, son prix et ses frais, puis maintient le prix moyen pondéré à jour à chaque nouvelle ligne. Vous voyez donc à tout moment ce que vous avez réellement payé, en regard du cours du moment, sans avoir à refaire le calcul. Les frais de courtage saisis entrent dans le prix de revient, comme le prévoit la règle fiscale.
Ce qu'elle ne fait pas : elle ne vous dit pas quel montant verser, à quelle fréquence, ni s'il vaudrait mieux investir en une fois. Elle enregistre et calcule. Tous les calculs se font sur votre appareil, comme l'explique la fiche sur la gestion locale des données financières ; l'activation d'une licence est le seul moment où une connexion est requise.
Questions fréquentes
Le versement programmé est-il plus rentable qu'un investissement en une fois ?
Il n'y a pas de réponse générale, et le tableau plus haut montre pourquoi : sur un marché en hausse continue l'étalement obtient 10,59 % de parts en moins, sur un marché en baisse continue 15,39 % de parts en plus. Le résultat dépend d'une trajectoire que personne ne connaît à l'avance. Ce qui est démontrable, c'est que l'étalement resserre l'éventail des prix d'entrée possibles.
Quelle fréquence de versement faut-il choisir ?
Le calcul montre que la fréquence joue sur deux choses en sens opposé : plus les versements sont nombreux, plus la dispersion du prix d'entrée se réduit, et plus les frais fixes par ordre s'accumulent. L'arbitrage dépend de la tarification de votre courtier et de votre situation, et il relève d'un choix personnel que PulseMyPortfolio ne fait pas à votre place.
Faut-il suspendre ses versements quand le marché baisse ?
Suspendre ou maintenir revient à reprendre une décision de calendrier, c'est-à-dire précisément ce que l'étalement automatique avait mis de côté. Le constat arithmétique est que les versements effectués aux cours les plus bas sont ceux qui achètent le plus de parts. Ce constat ne constitue pas une recommandation d'agir dans un sens ou dans l'autre.
Est-ce que ça marche aussi en assurance vie ou en PEA ?
Le mécanisme est arithmétique : il ne dépend pas de l'enveloppe, seulement du fait que le montant soit fixe et le prix variable. Ce qui change d'une enveloppe à l'autre, c'est la tarification des versements et la fiscalité de la sortie, décrites dans la fiche sur les ETF et dans le glossaire.
Pourquoi le prix payé n'est-il pas la moyenne des cours ?
Parce que vos versements n'achètent pas le même nombre de parts. La moyenne des cours traiterait les six mois à poids égal ; votre prix payé les pondère par la quantité achetée, donc davantage les mois bon marché. Le résultat porte un nom, la moyenne harmonique, et il est toujours inférieur ou égal à la moyenne ordinaire.
Un versement automatique chez mon courtier fait-il du montant fixe ou de la quantité fixe ?
Les deux existent selon les établissements et selon les produits. La distinction n'est pas cosmétique : le tableau plus haut montre que la quantité fixe fait payer exactement la moyenne des cours, donc sans l'écart de 1,99 € obtenu avec le montant fixe. C'est un point à vérifier dans les conditions du courtier.
Que devient mon prix de revient si je vends une partie de mes parts ?
Il ne change pas. En prix moyen pondéré, une vente partielle réduit la quantité détenue et laisse le prix de revient unitaire inchangé ; c'est une acquisition nouvelle qui le modifie. Le détail est dans la fiche sur le calcul de la plus-value.
PulseMyPortfolio peut-il mettre en place mes versements ?
Non. L'application n'est reliée à aucun courtier et ne passe aucun ordre. Elle enregistre les opérations que vous saisissez ou que vous importez depuis un relevé, et en tire vos prix de revient et votre situation.
Information, pas conseil
Cette fiche décrit une mécanique de calcul et en donne les limites. Elle ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une incitation à adopter une méthode de versement plutôt qu'une autre. PulseMyPortfolio n'est pas conseiller en investissements financiers et n'est pas enregistré auprès de l'AMF à ce titre. Pour un accompagnement adapté à votre situation, adressez-vous à un professionnel agréé.